Kampuchea : La plaie ouverte, les âmes fêlées …

J’ai reçu une bourse de l’AFAA avec une carte blanche pour travailler au Cambodge.
Je me suis laissée porter par le rythme comme si je sentais que je me laisserais absorber dans une danse totalement nouvelle dont je ne connaissais pas les pas.
J’ai parcouru le pays lentement, fascinée par la tranquillité des gestes, les sourires sincères, la beauté des mouvements corporels, un sentiment de paix, de quiétude et de sécurité m’accompagnait. Évidemment ça ne collait pas avec ce que j’avais lu, j’ai commencé à me poser beaucoup de questions, soit tout m’échappait, soit la complexité devait être comprise en regardant bien au-delà des apparences.
Je me suis mise à poser des questions intimes aux personnes que je rencontrais, on m’a raconté beaucoup d’histoires terrifiantes d’horreurs et de cruauté.
J’avais aussi l’âge de ceux qui, enfants avaient vu leurs parents mourir par la main de leur frère devenu khmer rouge ; de ceux qui maintenant essayent de vivre en oubliant, de ceux qui n’osent pas raconter à leurs enfants tellement la honte est grande et le désespoir profond.
Alors, je suis allée sur des lieux de mémoire du génocide : prison S-21, charnier de Choeng Ek, le palais de Bokor, des lieux hantés par des milliers de fantômes.
J’ai touché des yeux en y allant, j’ai commencé à sentir que je devais photographier ces lieux de mémoire, cela a changé ma perception et mon approche. J’ai senti la fêlure sous le sourire des gens, la violence contenue, la honte enfouie, l’in-quiétude exacerbée.