Les filles en or ou la GRS en Bulgarie.

Le visage fermé, le cerceau posé devant elle, la bouche serrée comme si elle était au bord des larmes, Victoria Danova (18 ans), grande liane sensuelle, attend le verdict de Neshka Robéva, son entraîneur. Son cerceau lui a échappé. Doutes. Remords. La grande dame de la GRS (gymnastique rythmique et sportive) depuis 25 ans, se tient debout, à l'écart, dans un des rares coins de la salle Guéréna de Sofia. Un temple gigantesque (12 mètres de hauteur de plafonds, trois praticables, du bois partout, un studio de musique, un système de ventilation spécial), sorti de terre en 1985, dédié à la GRS, sport qui permit à la petite nation bulgare de récolter des moissons de médailles. La GRS est un concentré de fluidité, d'émotion pure, d'organisation dans le désordre, de facilité apparente.
Enseignement obligatoire dès la maternelle, cette discipline fut encouragée par les communistes idéologues fascinés par ces démonstrations de ballons, rubans, massues et cerceaux multicolores.
Sous la chape de plomb communiste, les jeunes filles douées étaient rapidement repérées par des recruteurs qui se déplaçaient dans les plus petits villages à la recherche de la parle rare. Dès 9 ans, les gamines suaient quatre heures par jour dans des écoles spéciales. Vers 14/15 ans, le temps d'entraînement doublait. Une vie spartiate, quasiment militaire, où les remarques acerbes des entraîneurs remplaçaient les gestes d'affection des parents.